BOIS DE MARIVAUD

MERCREDI 6 MAI 2015 

 

La balade d’aujourd’hui est forestière, ensoleillée et nuageuse, venteuse sur le plateau, presque chaude aux marcheurs à découvert et dans le sous-bois. Claude et Maryvonne l’ont organisée et nous partons de leur belle demeure du village de Vry, traversons l’ancienne grange, la cour et le jardin où on aimerait s’attarder pour regarder en détail les plantations variées, en particulier d’impressionnants vieux bonzaïs.

 

Très vite, on entre dans la forêt que l’on ne quittera plus sauf quand on arrivera plus tard sur le plateau surplombant les vallées de la Moselle et de la Canner ou dans ce que je crois être un village fantôme et qui est un groupement de quelques bâtisses champêtres encore en bon état mais inhabitées, fenêtres et portes closes à l’exception de celles qui ont été forcées. En face, un vallon charmant par ses dimensions réduites, ses pentes douces, ses pâtures où paissent des chevaux. Est-ce tout près que j’ai vu l’eau sourdre d’un tuyau et remplir un abreuvoir de pierre moussue ? Un portail de fer à deux battants barre le chemin forestier séparant peut-être deux forêts communales. Nous contournons ce portail qui semble nous interdire quelque lieu mystérieux.

 

 

Cette forêt jouxte celle de Saint-Hubert. Elle est variée et on traverse, sous le charme de leur frais et jeune feuillage, des plantations de chênes d’Amérique (Maryvonne, une feuille morte en main, nous fait remarquer la largeur de leurs feuilles), des sapinières, hêtraies, charmaies, frênaies, la variété de ces noms peu utilisés, en tous cas par moi, répondant à la variété de leur aspect et de leur sous-bois jonché de fleurs blanches et bleues, d’ail des ours…Mais ce qui nous courbe tout à coup vers le sol avec des exclamations de joie c’est le beau muguet qui, de ses deux larges et brillantes feuilles en lames d’épée, lance vers  le soleil des clairières, ses hampes aux clochettes d’un blanc pur. On dit qu’Apollon en tapissa le Mont Parnasse pour adoucir la marche des Muses, nous, les mortels, sur cette terre forestière bossuée de taupinières ou creusée de terriers de blaireau, nous n’osons pas le piétiner et c’est avec  précaution que nous coupons sa tige dressée et formons notre bouquet. Ce beau muguet,  dont les botanistes nous disent qu’il est hermaphrodite, a des pouvoirs quasi magiques puisqu’ il enchante par son parfum frais, vert et musqué, et tout à la fois empoisonne, bien qu’on ait du mal à croire que tant de pure beauté et d’indicible senteur puissent causer la mort.

 

 

Quitter ces sous-bois printaniers c’est dire adieu à la saison. Bientôt les feuilles largement ouvertes assombriront la forêt, les sentiers s’assécheront, les fleurs seront en fruits. Mais l’heure n’est pas à la mélancolie. D’ailleurs mon directeur de troupe me dit qu’il faut se hâter, les autres vont nous attendre devant la porte fermée de la salle de répétition du Sablon. Il me larguera en bas de la rue des dames de Metz où, pas même fatiguée (si, un peu !), je rejoindrai à pied les autres comédiens, à vive allure, pour prévenir de notre retard tandis qu’il continuera sa route pour aller chercher chez nous le matériel et les clefs.