QUEULEU

DIMANCHE 21 JANVIER 2018 :

                     Nous avions rendez-vous avec les randonneurs sur les hauteurs de Metz, au fort de Queuleu, un fort de la première ceinture de défense que Guy et moi, en cinquante ans de séjour dans cette ville n’avions jamais visité et dont une jeune guide bénévole  de l’association de sauvegarde et de mémoire des lieux nous ouvre les portes. 

                      Portes d’un passé pas si lointain, héroïque et douloureux. La pancarte demandant le respect de ces lieux est bien inutile, la vision des longs boyaux souterrains et des grandes cellules voûtées où s’entassèrent, d’octobre 1943 à août 1944, pieds et poings liés, yeux bandés jour et nuit les prisonniers, hommes et femmes résistants, assis tout le jour sans rien faire ni permission de parler, attendant interrogatoire et tortures, est suffisante pour glacer d’effroi le visiteur qui déambule dans ces lieux autrefois infernaux.

                     Nous quittons le fort, d’abord de construction française puis allemande durant la première annexion de 1870 à 1918. Laissant derrière nous les puissantes murailles parfois à demi ensevelies sous les mamelons de terre, nous entrons dans la forêt pour la quitter bientôt, descendre vers le bas de la ville par les ruelles et sentiers pittoresques au flanc de la colline et remonter vers le fort où sont parquées les voitures. Nous marchons entre les vieux murs des jardins et parcs des belles maisons de style français ou germanique (on se croirait sur les hauteurs de Stuttgart, me dit Guy), encore sous le coup des exactions nazies malgré les conversations qui allègent et la marche qui fait revenir la chaleur dans nos corps que les souterrains et leur passé ont glacés. 

                     Puis, chez Guy G., aidé par Odile, dans cette belle maison française du 17 ième siècle ouvrant sur un bras de Moselle et le Temple neuf par ses terrasses étagées, nous goûtons le bien-être de la paix et la douceur de l’amitié, avec le vin poiré et autres boissons et les tartines qui circulent. Le gâteau Le Lorrain et le kouglof alsacien disent, à leur manière, que nous sommes redevenus Français, cela grâce à la résistance de gens comme l’instituteur Jean Burger et ses compagnons de lutte et de souffrance.