FAILLY

 

 

 

 

                      Tandis que dans le jardin mon marcheur d’occasion coupe deux arbres qui ne donnent pas de fruits, les randonneurs habituels se retrouvent devant le cimetière de Failly où, sur la pente et face à leur maison, les morts du village reposent sous la pierre, le granit et les beaux chrysanthèmes à peine touchés par la gelée de cette nuit. La journée est froide et lumineuse. C’est une de nos dernières randonnées d’automne, aujourd’hui dans les bois de Failly et d’Avancy.

 

                    Nous montons entre des haies en broussailles d’un côté puis à flanc de côte le long de pommiers en espaliers, de vergers, de broussailles encore. Du côté de la pente, on voit les collines en face et, à un coude du sentier, l’autoroute précédée par sa rumeur. Quand on roule sur cette autoroute A4, on voit de loin et en hauteur une ruine qui intrigue. Etait-ce un château ? Non ! De près, la ruine est un pan d’une construction dont on nous dit que c’était un viaduc bombardé pendant la guerre, plus loin nous passerons sous une voûte et plus loin encore nous verrons un vieux pont de fer sur le chemin de fer fantôme. Mais ce n’est pas l’heure des fantômes, le soleil rayonne, la gelée qui a blanchi les herbes fond, la forêt est réduite à ses arbres sans feuille, sans oiseaux. L’œil y pénètre profondément à travers les fûts droits. Nos pieds remuent les feuilles craquantes. De temps en temps l’œil du passant ou du photographe s’arrête à un vieux chêne à la ramure compliquée ou au tronc creux d’où il s’attend à voir surgir, sinon un génie de la forêt, on est revenu de toute croyance de ce genre, hélas, à nos âges de rationalité, du moins quelqu’animal nocturne dérangé de son sommeil mais c’est Bernadette qui se coule hardiment dans la fente fibreuse et sombre sans crainte d’y subir un maléfice qui la maintiendrait là, prisonnière. La forêt d’hiver descend dans les eaux de l’étang qui la double, deux grands oiseaux s’envolent. Nous marchons maintenant face au soleil déclinant qu’on peut regarder en face.

 

 

                      Nous voici de nouveau devant le cimetière pour déguster le moelleux gâteau aux pommes et les craquants cookies offerts par Maryvonne. Quand nous sommes partis, il y a deux heures et demie, le soleil dans nos dos allongeait en géants nos ombres devant nous, maintenant, rond et brillant, il est sur l’horizon qui va l’engloutir et dans la voiture du retour nous allons à la rencontre d’un ciel baudelairien, « fait de rose et de bleu mystique » pour entrer dans l’hiver.