HARAUCOURT sur SEILLE

MERCREDI 12 OCTOBRE 2016 :

                     Mémorable promenade de seize kilomètres, en boucle autour de Haraucourt-sur-Seille. Où j’ai appris des choses sur le pays de mes ancêtres maternels et sur le sel extrait d’une autre façon et non loin d’ici au pays de mon père. Où j’ai découvert l’existence d’une « petite Seille », affluent de la grande Seille qui passe à Marly, toutes deux véhiculant le précieux sel pendant des siècles. Où j’ai été époustouflée, avec les autres marcheurs, par ce qui devait être un goûter offert par les organisateurs de la randonnée, Marie-José et Christian, et qui s’est révélé être un véritable buffet où on a bu à leur anniversaire de mariage.

 

                     D’abord Michel, un homme du pays, très documenté et intéressant, nous mène au petit cimetière des Mennonites et explique sa présence dans ce village du Saulnois. Les tombes, du milieu du XIX siècle, sont de pierre avec des décorations gravées, de charrue et de herse. Ce mot de Mennonite m’avait toujours intriguée quand je lisais le poème Annied’Apollinaire :

                                               « Comme cette femme est mennonite

    Ses rosiers et ses vêtements n’ont pas de boutons

   Il en manque deux à mon veston

   La dame et moi suivons presque le même rite…».

 

                     Nous nous mettons en route au sortir du village vers la forêt de Bride, grande forêt de plus de 2000 hectares couvrant la côte entre les deux Seilles, avec des arbres magnifiques, spécialement hêtres et chênes. Les chênes abattus et attendant le débardage sont plus grands couchés que debout. On a la curiosité de mesurer la longueur d’un d’entre eux et celle de calculer le volume, ce que le cerveau des paysans fait mieux que les calculettes des professeurs. Nous passons la vieille ferme des Mennonites, une ancienne abbaye, et grimpons sur la ligne de crête. Après la croisée des forêts de Tumcher, de la Haute Carrière, de Salival et des Gelinettes, nous avons des aperçus sur les deux vallées. Notre guide nous a fait remarquer les différences de couleur des champs où affleure la terre du côté de la grande Seille, presque blancs par endroits, et explique cela par la géologie, le sous bassement étant de grès des Vosges, de calcaire puis d’argile avec du calcaire affleurant parfois. C’est ce calcaire qui a protégé de l’érosion les buttes témoins comme celle sur laquelle nous marchons, à trois cent mètres d’altitude. Bientôt nous irons, les yeux à terre, cherchant les gryphées arquées qu’on appelle talons de Saint-Livier. J’en ai quatre sous les yeux, de ces coquillages oblongs témoins des premiers âges quand la mer baignait cette terre. Nous sommes passés par des vallons charmants avec pâtures en pente, boqueteaux, sources, « on se croirait dans le Jura » !

 

                        La chapelle de Saint Livier est ouverte par une religieuse qui nous parle des comtes de Salm, du martyr de Saint-Livier, bourgeois messin décapité par les Huns en 451 et qui porta sa tête pour la poser en ce lieu où jaillit une source. Elle évoque aussi la mort d’un jeune officier américain abattu sur le seuil de la chapelle par un Allemand pendant la dernière guerre. Voici maintenant la belle ferme de Salival commune de Moyenvic, ancienne riche abbaye dont le corps principal du logis des abbés abrite les exploitants de la ferme. La grand-mère, Madame Dieudonné, diamants discrets aux oreilles et affable, nous permet d’entrer sous le porche et d’admirer les beaux bâtiments parmi lesquels la cheminée qui servit au traitement de la betterave à sucre sous le premier empire.

 

                     Nous voici maintenant sur la côte Saint-Jean regardant la table d’orientation dont Daniel photographie quelques plans ce qui me permettra de vérifier ce que ma mémoire aura gardé. Voilà la ligne bleue des Vosges avec le Donon visible, la forêt de Bride derrière nous et à gauche, la vallée de la Seille avec Marshall et sa collégiale, le ruisseau du Nard, l’ancien canal de flottage du bois pour les salines de Moyenvic. De plus modestes collines, des mares salées, un étang appartenant à un particulier (je ne vois pas, à cause des arbres, l’étang d’Ommeray, tout près mais je vois le village), des prairies salées, peu de champs, des routes, des villages, des bois sur les buttes, et à droite, la forêt de Bezange. Que ce Saulnois, dont je ne connaissais que la route menant à Ommeray et nous conduisant à Strasbourg, est beau dans sa variété !

 

                     On redescend sur Haraucourt où Madame la Mairesse nous accueille aimablement dans une grande salle communale chauffée. Là, marcheurs habituels, maire, marcheurs accompagnateurs du jour, Pierre et Monique, nous nous attablons avec nos organisateurs, Marie-José et Christian et mangeons les différentes saucisses et charcuteries locales, la terrine  de Marie-José, les fromages à la mirabelle et aux orties et la tarte à la rhubarbe, buvant bières et jus de pommes chaud, regrettant avec Maryvonne qu’il n’y ait pas un dortoir à l’étage !