Petite Suisse Lorraine

Randonnée en Meurthe et Moselle :

                     « C’est comme à la mer ! », s’exclame Daniel en route avec les treize randonneurs sur la crête, passé le village de Griscourt. Comme à la mer, oui, on a le souffle coupé par le vent, aujourd’hui une bise d’est qui attaque de flanc ou de face, sous un ciel pur et bleu. On entre dans une forêt de taillis, bien abritée, sur des sentiers parfois caillouteux, avec ce qu’il faut de côtes pour apprécier les aplats où le vent assaille à chaque trouée du bois sur la vallée de l’Esch. Elle est bien belle la rivière de l’Esch au moulin de feu Mr Husson. Elle tient du torrent et du ruisseau romantique quand elle s’étale au ras des prés en courbes douces avec des plages de cailloux ou en pièce d’eau au sortir du moulin. Ce vieux moulin a été attaqué plusieurs fois, par le feu, la guerre, les Suédois alliés de Louis quatorze contre le Duché de Lorraine, précise Henri, l’organisateur de la randonnée.

                      Nous remontons la pente opposée dans une forêt plus haute. Quand on commence à ressentir les effets des kilomètres parcourus, on fait halte aux croisées des chemins forestiers. Un promeneur, peut-être fatigué, lance « et si la prochaine randonnée était une rando-photo ? ». Comme le vent et la côte nous ont coupé le souffle et les deux jambes, la proposition plaît, « oui, une rando-photo-canapé ! », suggère Bernadette pourtant une des meilleures marcheuses. Aussitôt Maryvonne prévoit de faire tourner les pages des albums par qui n’a pas les doigts recroquevillés par l’arthrose.

                      Une variante de la balade conduit vers « un trou ». Un groupe a la curiosité de cette ouverture sur les profondeurs et enfile le chemin de traverse. L’entrée caverneuse est défendue par une grille. Les photographes, penchés en équilibre instable, objectifs braqués, scrutent l’ombre. Quelle photo ramèneront-ils ? On verra bien.

                     On redescend vers le village et cette fois, c’est la Suisse ! La Petite Suisse Lorraine avec pâtures en pente, vaches et veaux paisibles, chevaux dans l’enclos, haies, champs sur les pentes lisses, sources invisibles qui creusent leur sillon dans les près…

                     Au village, on fait halte sous l’abri des autobus où s’arrête le vent et où entre le soleil. Assis sur les bancs de bois ou debout, dos au soleil déclinant, nous goûtons, sur de vraies assiettes à dessert bordées de rouge, la tarte aux pommes blondes et le très noir gâteau au chocolat que le talentueux Henri nous a préparés. C’est ainsi qu’on regagne les calories brûlées dans le vent !