METTLACH

 On a bouclé les boucles de la Sarre, déroulé le pied, allongé la jambe et tendu le mollet de sportive façon depuis l’église de grès rouge de Mettlach jusqu’au sentier qui, dans la forêt encore fraîche de la nuit, « grimpe viril » nous a prévenus Claude, notre guide et organisateur de la balade. Ce sentier et les autres sont rouges des feuilles tombées et du soubassement du même grès qui encadre les fenêtres des maisons anciennes de la petite ville sarroise et dont est bâtie l’abbaye qui deviendra la demeure des Boch et abritera la faïencerie des Villeroy et Boch devenue musée qu’on visitera le soir.

 

         Mais pour l’heure matinale nous sommes toujours, encore frais et vaillants, dans la forêt, montant de descendant pour mieux remonter. Le chien Laos est tenu en laisse par ses maîtres car la balade s’annonce longue et ils lui épargnent ainsi des errances inutiles. Quand on est au fond d’un ravin creusé par un ruisseau qui court encore entre les pierres malgré la sécheresse de cet été 2016, il se donne le plaisir de la patauge et de la lape. Nous traversons des ponts de bois ou de pierre pour remonter les pentes jusqu’à la descente vers la Sarre où le promeneur sonne la grosse cloche du ponton pour appeler le bac. On traverse la Sarre, large, calme, verte de toutes les forêts qui y plongent. On remonte la pente opposée où, est-ce un début de fatigue, les sentiers me paraissent plus étroits, plus pierreux, des marches de bois facilitant parfois la montée…cinquante et une…soixante-neuf ! Christian me donne un conseil de spécialiste de la haute montagne qu’il est : « de petits pas et ne pas s’arrêter dans la pente ». On fait cependant des arrêts pour des points de vue qui ne sont que partiels, un éclat de rivière entre les branches, ou vertigineux, un téméraire s’avançant parfois sur un rocher pour voir plus bas et se faisant rappeler par les autres, à distance de l’abîme.

 

          J’aime les Guy. Celui-là est resté au logis retenu par une douleur, celui-ci, parce que j’ai dit innocemment avoir une pierre dans ma chaussure et pas de courage pour l’enlever, se penche vers mon pied qu’il déchausse avec un humour détaché et une réelle gentillesse. « Tu auras les honneurs de la presse ! », prédit une voix. Que veut-elle dire ?

 

 

          Ce groupe de marcheurs est apaisant, il ne véhicule pas avec lui le tumulte du monde. On ne parle pas des sujets brûlants (il fait assez chaud !), pas même du burquini des plages de cet été même si une facétieuse compare la brume de chaleur, qui commence à tomber au loin comme une chape, à une « burqua atmosphérique ». Quelques haltes plus loin nous sommes devant le fameux point de vue qui retient les promeneurs. Nous ne sommes pas seuls à admirer les belles et épaisses forêts qui descendent à pic vers la rivière en boucle parfaite. Le pique-nique est confortable autour de la table de pierre ou sous les arbres.

          Restaurés, rafraîchis, nous pourrons reprendre la route sur la pente opposée, par la crête, toujours descendant et remontant, attrapant des lambeaux de fraîcheur au passage d’une source ou sous de grands arbres dans une forêt plus dense.

 

           Nous retraversons la Sarre sous le pont de Mettlach, fatigués d’une bonne fatigue, suants et odorants, malgré le vêtement propre et sec enfilé avec difficulté tant les textiles collent à la peau. Nous allons vers le musée des cristalleries. Un film, les œuvres des artistes fondateurs, des pièces de musée, de la vaisselle déployée sur des tables dressées, dans des arrangements domestiques attrayants, nous retiennent. Je revois avec plaisir le café du musée tout tapissé des belles faïences, fleurs, branchages et fruits, où aux heures autorisées on peut s’offrir le plaisir d’une boisson, immergé dans une œuvre d’art. Visite aux ruines rouges de la tour et de la chambre funéraire de Saint Luitwinus vieilles de plus de mille ans et aux arbres vénérables du parc, Ailanthus altissima et le préhistorique Ginkgo puisque ses feuilles témoignent, comme me l’explique Daniel, d’un état végétal d’avant la  ramification des nervures.

 

         Comme je n’ai pas de voiture, je reviens dans celle de Marie-Claire et de Jean-Claude dont la conduite est irréprochable.