RUDEMONT

MERCREDI 06 AVRIL 2016 :

 

       Si j'écris aujourd'hui sur cet ordinateur de « courtoisie », c'est à la fois grâce à Martial de Samu informatique appelé à la rescousse et présent au bout du fil et grâce à Daniel , notre ami marcheur de Marly qui, après la randonnée,  a oeuvré efficacement et courtoisement pour ouvrir les fichiers récalcitrants de l'ordinateur étranger et pas particulièrement courtois avec moi. Notre ami marcheur est donc passé des hauteurs printanières des côtes mosellanes à la plongée en eaux troubles des mystères informatiques. Je lui suis particulièrement reconnaissante.

        Me voilà donc à mon bureau loin des sentiers si variés qui nous menèrent tout à l'heure du gros village de Novéant à Arnaville  sur un chemin de halage surélevé entre ancien canal de la Moselle et Rupt de Mad, puis, passé la vieille écluse aux bois pourrissants sous les mousses, le long de la retenue toute rose des algues microscopiques qui envahissent ses eaux maintenant croupissantes, nous enjambons le Rupt de Mad. Ce gros ruisseau vif dont les eaux retenues plus loin alimentent la ville de Metz est lui même passé sous le canal par un de ces ouvrages d'art que le promeneur distrait pourrait ne pas soupçonner alors qu'il a admiré les arcs qui soutiennent la voie de chemin de fer à sa droite. Nous montons le Rudemont qui n'est pas si rude attaqué de ce côté, et nous voilà bientôt sur les prairies calcaires où poussent les fleurs de printemps, anémones pulsatiles en touffes bleues, une orchidée précoce sur la pente bien exposée, des ficaires jaunes, du lierre terrestre que je confonds avec les orties violettes. Plus loin ce sont les violettes en plaques qui se devinent au parfum avant leur découverte, à l'abri du vent, sur un revers du talus. C'est que nous marchons sur un sentier qui ne permet qu'un pied devant l'autre, à mi pente de la côte qui file en à pic vers la vallée. Puis nous entrerons dans la forêt où nous retrouverons, à côté d'une borne géodésique, une borne qui marquait la frontière entre France marquée d'un F encore visible et Deutschland  dont le D a été effacé au marteau. A ma demande, Daniel explique clairement à la manière du bon professeur ce qu'est une borne géodésique. « T'en souviendras-tu ? », demande Maryvonne, sceptique. A quoi je réponds hardiment, oui. « Glissez mortels, n'appuyez pas ! », disait un de mes oncles quand la situation devenait délicate. C'est pourquoi je vais glisser à la ligne, épargnant à moi-même et au lecteur une explication aussi vaseuse que la flaque dans laquelle patauge le jeune chien Laos dont c'est une des premières grandes balades.

        D'ailleurs, nous voici presqu'au terme de la promenade. Après avoir admiré des hauteurs  le ruisseau et ses retenues au milieu des espaces d'un vert tendre au soleil et plus sombre à l'ombre des côtes d'en face , la Butte de Mousson et le Xon à l'arrière-plan lointain de la faille creusée par les eaux dans le paysage de collines, c'est la descente de notre petite troupe de neuf marcheurs et le retour vers Novéant par les jardins entourés de murs anciens, derrière les maisons de vignerons. Un arbre de la Liberté, un tilleul, planté en 1792, nous arrête avec sa pierre pour le crieur public ainsi que la maison, ornée d' un macaron représentant un Bacchus hilare, qui accueillait autrefois les bennes pleines des grappes à presser. Il nous faut encore longer le ruisseau le Gorzia qui file aussi vif que le Rupt de Mad entre ses herbes et ses iris qu'on ne peut s'empêcher d'imaginer en fleurs.

        Marie-Françoise a étalé sur un banc du parking les tranches d'andouille de Vire, de fougasse et de gâteau et tandis qu'on déguste ces mets de chez nous, le voyageur revenu de Chine évoque la nourriture chinoise et on se dit que le gentil Laos, avec ses rondeurs de jeune chien serait  met de choix pour les habitants du pays du soleil levant. On m'interroge aussi sur les dates et lieux de nos prochains spectacles mais je suis un mauvais agent car la belle balade qu'on vient de faire et son souvenir au moment où j'écris ont complètement oblitéré à la fois le théâtre et l'informatique !