Forêt de Saint Hubert

Journal du mercredi 9 mars 2016:

 

La randonnée proposée aujourd’hui par Maryvonne et Claude, nous mènera dans la forêt domaniale de Villers-Befey près de Saint-Hubert et de Burtoncourt. Il fait froid mais le soleil brille par intermittence. Nous sommes quatorze marcheurs à nous chausser sur le parking Saint-Michel pour ce circuit de dix kilomètres environ et, munis de nos bâtons, bien encapuchonnés, nous voilà partis !

 

Ces forêts de Villers et de Saint-Hubert sont étendues. On y chassait déjà du temps de Charlemagne et au milieu de notre périple, nous découvrirons, au flanc d’une côte, des sources jaillissant de canalisations bien entretenues, sources qui convergent vers un filet d’eau vive sur cailloux et feuilles, des eaux si vives que je me penche pour recueillir dans le creux de ma main, un peu de leur flux transparent que je bois en confiance. Maryvonne ne nous a-t-elle pas dit que les gens du coin venaient y remplir leur gourde ? Et Claude qui paraît content de notre surprise heureuse à la découverte de ces fontaines brode sur une légende dont Charlemagne, arrêté ici, serait le sujet. Guy, prosaïque, me signale qu’il eût été plus judicieux de boire à la source même plutôt qu’au filet qui deviendra ruisseau plus loin. Et, dans la compagnie des autres, les uns appuyés au calvaire, les autres en contemplation des sources, il boit à la bouteille d’eau minérale.

 

Autrement, nous marchons en général sur de larges routes ou sentiers forestiers, tantôt empierrés, tantôt couverts de mousses, le plus souvent, mais raisonnablement, boueux, avec empreintes de sabots de chevreuils ou de pattes de sangliers. La forêt est variée, profonde, bien entretenue ou plus sauvage, forêt de hêtres, d’épineux. Quand on a, comme moi, des souvenirs d’enfance dans la forêt vosgienne, quand on a chanté des chansons évoquant Saint-Hubert et ses grandes chasses, on retrouve un peu de son âme vaillante d’avant et on serait peu surpris de se trouver nez à nez avec le grand cerf de la légende, la croix dressée dans ses bois. Mais ce n’est pas moi qui verrai détaler un chevreuil, bondir et disparaître un sanglier, ce sont les marcheurs de l’avant-garde qu’on entendra s’exclamer à leurs fugitives visions.

 

Au cœur de la forêt, le sentier s’enfonce profondément. Les pluies, peut-être un ruisseau jadis, ont raviné le sol et sculpté les flancs révélant le sous bassement en muraille striée. Des racines d’arbres grandis sur les bords descendent en cordes, étreignant la pierre, et vont chercher leur nourriture dans les profondeurs du sentier. Ces sculptures végétales et minérales entrelacées disent la patience des âges et invitent le promeneur qui chemine en bas, à l’abri du vent, à la méditation. Allez savoir pourquoi je pense à des continents lointains, à la Chine peut-être que visite en ce moment Daniel H.,  un randonneur assidu.

 

A la fin de la promenade, sur le parking et sous l’œil amusé et sans doute envieux des promeneurs étrangers à notre groupe et que nous n’avons pas croisés dans la forêt tant elle est vaste, nous nous réunissons, pleins d’appétence, autour de la table de camping où Claude et Maryvonne ont disposé abondamment, avec le cake salé et le fromage de montagne, des tranches d’un appétissant saucisson de sanglier qui fait le lien entre vie sauvage et civilisation.