KNUTANGE

Mercredi 27 Janvier

Comme on sait notre groupe de randonneurs s’est scindé en deux ce mercredi, six marchent dans les Vosges, raquettes aux pieds, six partent en balade mosellane, trois hommes et trois femmes, un petit groupe bien équilibré.

 

C’est Jean-Paul qui a organisé la marche au nord du département, au pays du charbon, du fer et de l’acier, là où les noms de villages et de villes se terminent en ange, Knutange, Nilvange, Hayange…, tous ces noms qu’Aragon trouva si musicaux qu’il en fit entrer un, Volmerange, dans Le Conscrit des Cent villages . En fait Jean-Paul nous conduit en terre d’aventures car si ces noms de Moselle du nord nous sont familiers tout comme les paysages de la vallée de la Fensch popularisée par les photographies de sites industriels, le cinéma et la chanson, si  nous connaissons la réputation des gens d’ici, travailleurs et endurants, peu d’entre nous connaissent la forêt qui enserre la vallée. C’est ainsi que notre guide, après une montée au-dessus de Fontoy où sont garées nos voitures, montée attendue et aisée sur un sentier en balcon, fait semblant de nous perdre en perdant le sentier.

 

Nous voici dans les halliers, levant haut le pied pour enjamber les arbres tombés ou nous courbant pour passer sous leur tronc que quelque rocher retient et empêche de toucher terre. D’aplat en aplat, nous avançons, confiants tout de même, et avec raison, puisque le sentier perdu se retrouve. Nous avons eu la chance, peut-être parce que montant la pente rude nous parlions moins, de voir détaler un jeune chevreuil bondissant pour disparaître en haut de la côte. Chance et récompense aussi des vues larges sur la vallée encore industrieuse, habitat serré, toits plats des hangars et usines, chevalets de fer encore dressés en cathédrale industrielle illusoire comme le remarque Bernadette, arrêtée au-dessus de la grande croix de béton dressée en face de la Vierge de Knutange, sur la colline opposée. Cette laide croix de béton est entourée de statues plus grandes que nature de Marie, Marie-Madeleine et Saint Jean, statues que j’ose trouver presque belles. D’ailleurs Marie-Claire et moi, après une auscultation aux bâtons de marche, décidons qu’elles sont de fer, du fer de cette terre, rougi par la pluie plutôt que peintes comme c’est vraisemblable.

 

Nous marchons maintenant sur de beaux chemins, larges et faciles, parfois empierrés, parfois resserrés, toujours en forêt, le soleil perçant à travers les troncs à l’ouest, la rumeur de la vallée montant. Daniel et moi, en conversation maintenant que le souffle n’est plus à ménager, sommes à la traîne et nous voilà devant deux chemins sans plus de randonneurs devant nous. Serions-nous de nouveau perdus ? Un sifflet aussi impérieux qu’efficace arrête les autres bientôt en vue.

« C’est loin la mer ? », demande Marie-Claire et, comme pour l’encourager, voici un panneau de directions. Nous allons bien vers le Luxembourg et …la Mer du Nord !

 

En tout, nous aurons fait dix kilomètres avec dénivelé de trois cents mètres. Les appareils de mesure disent deux cent-soixante-dix mètres mais un muscle fessier tout à coup douloureux  me fait arrondir le chiffre selon mon ressenti comme on dit maintenant.

Marie-Claire a sorti le goûter, tarte aux pommes, petites meringues et gâteaux de Noël. Jean-Claude sert du jus de pommes et Jean-Paul du Roï Bos et on fait la photo à envoyer dans les Vosges.