ARRY

MERCREDI 13 JANVIER 2016 :

Aujourd’hui le temps n’est guère prometteur, grand vent, ciel tourmenté, risque de pluie mais les bois traversés couperont le vent et le ciel ne nous déversera que sa lumière hivernale avec de grands éclats de soleil.

 

 

Départ d’Arry pour les treize randonneurs et la chienne Jelly en cours d’éducation de chien d’aveugles. Le départ est toujours vif et bavard même dans la courte côte d’Arry qui nous hausse sur le plateau. Nous entrerons dans la forêt et marcherons sur des sentiers de feuilles pourrissantes et de boue généreuse qui se collera à nos semelles. Plusieurs d’entre nous, dont moi, glisserons et nous étalerons de comique façon dans ce moelleux magma jaunâtre, nous serons griffés par les ronces et retenus un temps à une branche morte avant d’être lâchés sur la pente dans un craquement. Nous franchirons des chevalets de bois pour parcourir les prairies désertées et le paysage de la vallée du Rupt de Mad avec les retenues d’eau et les bassins de décantation s’élargira à nos yeux  jusqu’aux côtes de Moselle.

 

Nous voici maintenant levant nos lourdes chaussures sur les feuilles de choux navets et les tiges de blés d’hiver. Quand on traverse un nouveau bocqueteau ce sont les ronces à terre qui, nous retenant par le pied, risquent de nous déséquilibrer. Mais la forêt n’est pas hostile, nous marchons à découvert entre ciel où murmure le vent et profondeur sans mystère des bois en hiver, les grands fûts droits sans feuillage creusant l’espace. Un petit arrêt à l’abri du vent et les abricots de Maryvonne nous requinquent avant la marche vers les prairies calcaires. Sur la crête séparant les deux vallées, celle de la Seille et celle de la Moselle, exposée au vent, notre vaillante petite troupe chemine, en une théorie étirée de sihouettes diversement colorées. On reconnaît, au bandeau rouge, Bernadette très souvent en tête, au chien tenu en laisse, Marie-Françoise, on devine les autres par la couleur de l’anorak ou du bonnet. Bientôt nous serons à mi pente, à l’abri du vent dans la prairie rase pâturée en d’autres saisons par les moutons, parlant des orchidées qu’on reverra bientôt, dépassant des arbutes rabougris, des arbres nains isolés couverts de gui en fruits translucides, de verts sapins qui nous conduisent sur le chemin du retour.

 

 

Guy me menace toujours d’un départ précipité pour cause de répétition mais une voix s’élève pour nous ordonner de goûter à la galette faite par Marie-Françoise. Il cède, est-ce le bouchon que Daniel fait sauter de la bouteille de cidre qui le convainc ? Et ce cidre glacé dont la mousse nous moustache, cette délicieuse galette géante et le gâteau au chocolat partagés sont, à la fin de la balade, ce qu’est la fève pour Marie-Claire, reine de ce premier goûter de l’année, cerise sur le gâteau.