PORCELETTE

MERCREDI 19 NOVEMBRE 2015 :

 

J’avais l’intention de paresser ce matin, d’ailleurs je me suis réveillée à presque neuf heures après une nuit de tempête, et je renonçais à la randonnée du mercredi quand j’ai vu sur le site Rando Val de Seille la photo des marcheurs de la marche précédente, une photo horizontale sur fond de forêt avec, assis sur un long tronc d’arbre à terre, les neuf marcheurs et marcheuses, visages souriants, fixant le photographe dans une attitude de pose détendue. Parce que cette vision d’un monde paisible balayait celles des derniers tragiques événements, j’ai décidé, non de m’inscrire sur le site, je n’avais plus le temps, mais de me hâter pour rejoindre les autres.

 

Nous sommes partis pour Porcelette, un gros bourg de Moselle qui doit son nom à l’évêque de Toul, Jean des Porcelets de Maillane qui autorisa le défrichement de cette région boisée et permit la construction de ce village au début du 17 ième siècle. Je tiens ces renseignements de Christian qui organisa, avec Marie-José, cette balade. Nous partons donc du village « situé en lisière de la grande dépression du Warndt et de la forêt domaniale de Saint-Avold » et nous montons entre des maisons aux grands terrains entourés de grilles parfois ostentatoires et qui témoignent de la prospérité passée de ces régions du bassin houiller et de la plate-forme chimique de Carling non loin de là.

 

Très vite nous atteignons la forêt que nous ne quitterons plus, allant de celle de Porcelette à celle de Saint-Avold. De temps en temps, nous aurons des vues sur un vaste paysage de monts et de collines, de forêts, de dépressions que la douceur de cet automne a gardées vertes. Le ciel est vaste aussi sur ce paysage, nuageux avec de grands pans de bleu. Le vent, froid au village, ne se sent plus au sol, on l’entend encore dans les hauteurs où se balancent les plumets d’aiguilles toujours vertes des grands pins dont les fûts filent d’un jet vers la lumière et où les hêtres et chênes dépouillés découpent des entrelacs de brindilles et de branches. De belles allées forestières, épaisses des feuilles toutes à terre, des chemins creux parfois sablonneux, parfois empierrés rendent aisée cette marche de neuf kilomètres. Dans une petite vallée, auprès d’un moulin dont il ne reste que la maison d’habitation et les meules dressées en décoration, la roche de grès rose à veinures jaunes affleure à la tranchée d’un chemin. On a peine à croire que tout près d’ici,  sont Carling la Chimique et Saint-Avold et Forbach les Rescapées du riche passé minier. La forêt sent les épineux, c’est du moins ce que me disent mes compagnons, je n’ai pas d’odorat aujourd’hui.

 

Pourtant, quand Marie-José déballe sur sa petite table de camping, rillettes de canard faites par elle-même, saucisson lorrain en fines tranches, pâté et gâteau au chocolat, me reviennent l’odorat et le goût. Nous buvons un verre de Beaujolais, parce que demain c’est jour du Beaujolais Nouveau et qu’il est bon de prendre de l’avance.

Nous revenons avec Bernadette, roulant sous un soleil déclinant qui embrase cette belle région de la Lorraine pittoresque peu connue, en tous cas de Guy et de moi.