LORRY

Après la marche de huit kilomètres et avant la répétition de théâtre, nous buvons un thé hâtif. Guy, comme moi, a aimé cette balade dans la forêt automnal.

C’est la saison douce. Rien n’est excessif. Le soleil, encore brillant, est filtré par les arbres qui perdent sans hâte leurs feuilles à chute ralentie et silencieuse. Il disparaît d’ailleurs vite derrière la pente. Le bruit de nos pas alourdis par les grosses chaussures mais qu’allège l’élasticité des feuilles humides au sol, est amorti par leur couche épaisse et ce ne sont que craquements de feuilles soulevées ou plutôt froissements comme propose Jean-Paul, adepte du mot juste.

Nous marchons entre les murs de propriétés secrètes, passons une ancienne ferme champêtre ouverte sur une large prairie, montons et descendons entre hêtres et frênes sur les sentiers roux. Nous outrepassons les interdictions des terrains militaires, empruntant leurs routes empierrées, arrivons sur le plateau, passés les forts prussiens cachés dans le ravin, avant la longue descente vers le village. Oubliés le bruit et la fureur du monde dans cette forêt en attente d’hibernation, oubliés les humbles tâches quotidiennes, les rendez-vous à prendre ou à honorer ! Les conversations, interrompues par les aléas de la marche et la nécessité de ménager son souffle dans la pente, reprennent aux arrêts quand le groupe, que la montée avait étiré, se reconstitue sur un palier ou un sommet. Alors, avec le souffle, revient le souvenir de l’été qui n’en finit pas de mourir et, au soleil attiédi, on admire les lunettes de soleil design et la casquette américaine de Christian.

Avant le goûter au lavoir de Lorry, Marthe distribue des « chouquettes » et Marie-Claire, des noix.   Charmes divers de la douce arrière-saison !