SAINT HUBERT

Au nord-est de Metz, après le plateau de Sainte-Barbe, notre route nous mène, de chaque côté de prairies vallonnées où le regain humide dessine des lignes parallèles, vers la vallée de la Canner. Les boqueteaux sont de plus en plus nombreux et bientôt on s’enfonce dans le profond massif forestier de Saint-Hubert qui remonte sur l’autre rive. Nous ferons une balade de dix kilomètres, à travers la  forêt, parfois le long de la voie 60, tracée par les Allemands vainqueurs de 1870, longeant d’autres ruisseaux sur des chemins étroits que par deux fois un arbre tombé obligera à contourner.

 

Saint-Hubert m’évoque les grandes chasses, les cors, les biches aux abois, les hardis chasseurs. Mais la forêt est étrangement silencieuse. Pas un souffle, l’air est froid et humide. Pas une trompe si ce n’est celle du portable de Maryvonne, pas de grand cerf devant un Saint-Hubert surgi des futaies, pas d’animaux autres que l’écureuil roux qui file à l’extrémité des branches d’un sapin à l’orée de la forêt… Seulement notre petit groupe qui s’avance sur la pierraille de la voie ferrée ou au raz du fouillis herbu d’un sentier accroché au-dessus du ruisseau. Des champignons de pourriture ont colonisé les souches que le temps a noircies et crevassées. Guy tiendra précautionneusement par le pied pendant le reste de la balade les deux cèpes que son œil averti a repérés. Nous aurons la surprise d’un faux pas qui enverrait une de nous, je n’ai rien vu mais entendu le cri, dans le ravin si des mains secourables ne s’étaient tendues. Les pierres du ballaste roulent sous les pieds qui se détendent dans la boue des fondrières, peu nombreuses il est vrai, ou sur les sentiers de feuilles rousses. Voici Claude qui attend le reste de la petite troupe, appuyé à un arbre, seul sur une hauteur, regardant de haut et méritant, par sa pose de guide attentif à ceux dont il a la charge, la photo qui va, si non l’immortaliser, du moins fixer cet instant. Mais la photo intimide et voilà que le sujet des regards se contorsionne sous l’objectif, sous les rires et la désapprobation feinte.

 

Nous revenons à la brume et trouvons refuge sous le préau de la mairie du village de Saint-Hubert où Maryvonne déplie la table de camping qui va recevoir gâteaux et thé de Noël. Nous aurons la visite d’un chat noir qui cherche les caresses et sous ce préau d’une mairie champêtre adossée à la prairie toute proche nous goûtons paisiblement ce goûter fraternel.