MADINE & MONTSEC

MERCREDI 30 SEPTEMBRE 2015 :

Nous partons du village de Nonsard dans le frais matin, sous un soleil déjà prometteur, cheveux s’envolant au vent, vêtements fermés et sac au dos. Les promesses du matin seront tenues, la journée entière sera lumineuse et le souvenir récent que j’en garde à notre retour anticipé est celui de cette lumière et des visages souriants autour de moi. Notre but est la butte de Montsec puis le groupe des treize continuera la promenade du tour du lac de la Madine, Guy, nos amis Connord et moi nous aménagerons et allégerons la promenade, eux pour épargner la jeune chienne Litchi(e) et nous pour ménager au metteur en scène un peu de repos avant la répétition du soir.

C’est Henri notre guide aujourd’hui. Nous le suivons du lavoir de Nonsard, où une « dame du lavoir » pétrifiée, accroupie auprès de son panier à linge, la main sur les yeux les protégeant du soleil de l’est, nous regarde passer, comme elle regarde passer à jamais et en toutes saisons, de l’air soupçonneux des gens de la campagne, les passants étrangers; nous le suivons jusqu’à la digue qui retient les eaux du lac. Là, tout scintille et semble voler, les feuilles au bout des branches, les herbes brillantes et les feuilles à terre, les roseaux ployés, fleur de semence au vent, l’eau en crêtes mouvantes sur lesquelles dansent les canards et où glissent, dans les creux, de grands cygnes blancs. On entend un bruit d’eau qui vient du ciel, c’est le froissement des feuilles de peuplier. Le vent ne passe plus à l’orée du bois ou dans le sous-bois silencieux et ombreux mais on l’affronte de nouveau à découvert, le long de pâtures où des vaches heureuses qui ne connaissent pas encore l’horreur de la ferme-usine broutent paisiblement. Un taureau solitaire, une bête dont la masse puissante fascine toujours le marcheur qui préfère le voir de loin, dans sa clôture, plutôt que d’arriver face à face avec lui au détour d’un chemin comme c’est arrivé à Sophie sur un sentier de montagne, pâture, ne nous présentant que sa large croupe et l’extrémité acérée de ses deux cornes de chaque côté de la tête penchée. Le photographe n’arrivera pas à le distraire pour une photo. Il aura plus de chance avec les ânes aux longues oreilles. L’ânon se réfugie dans les jambes de l’ânesse, apeuré par le petit chien tenu en laisse par Marie-Françoise qui nous a rejoints, et qui lui ravit la vedette…On monte vers le village de Montsec et on s’arrête dans un enclos aménagé et accueillant aux marcheurs qui s’installent aux tables de bois noirci pour le pique-nique tiré du sac.

 

Les forces restaurées, on peut prendre le sentier de la butte qui monte, droit devant, dans le sous-bois traversé d’éclats de lumière que retiennent les premières feuilles jaunies. On reprend son souffle au sommet, dans le vent retrouvé qui nous le coupe de nouveau à l’arrivée au monument ouvert aux quatre horizons, sur un panorama à 360 degrés. On s’y attarde pourtant tant le lieu impressionne. D’abord par sa situation dominante et la variété des paysages meusiens, lac, étangs, prairies, champs, villages, bois, rivières et ruisseaux, collines au loin, par la beauté classique du monument et le souvenir de toutes ces jeunes vies américaines qui sont venues pour combattre et mourir dans ce coin de France, si loin de leurs racines. Ce monument américain est une réussite. Sa parfaite rotondité ouverte sur le ciel aujourd’hui d’un bleu pur, la simplicité de sa colonnade, la blancheur à peine rosée de sa pierre polie impose la gravité que toute beauté inspire. Quelqu’un parle de ses parfaites et pures proportions, un autre évoque les vies sacrifiées dont la terre encore retient les restes.

C’est là que nous quittons le groupe avec Daniel qui nous ramène à Nonsard d’où il ira au-devant des marcheurs avec la petite chienne encore fatigable.