COURCELLES CHAUSSY

MERCREDI 3 JUIN 2015 :

La promenade de ce jour, organisée par Daniel H., commence à Courcelles Chaussy, gros bourg mosellan. Nous nous garons le long de la route qui va vers Saint-Avold et que bordent d’élégantes maisons bourgeoises aux beaux jardins et parcs.

 

Si nous traversons la place du temple, si nous remontons le cours d’un ruisseau canalisé qui se jettera plus loin dans la Nied Française, si nous passons le lavoir déserté des lavandières d’hier mais fréquenté aujourd’hui par des jeunes filles oisives, si nous montons la pente longue et douce qui mène au plateau, si nous nous attardons sur le pont à regarder la Nied qui coule en bas, si nous marchons dans cette campagne si française, doucement vallonnée et bocagère que le remembrement a apparemment peu transformée, c’est pour mériter la visite d’un jardin que bien des randonneurs connaissent et dont on nous a beaucoup parlé, le jardin de Paola et de Jean-Paul.

 

Au terme d’une marche de 7 kilomètres, on y accède au haut du bourg par des chemins devenant plus herbus, longeant vergers, potagers et pelouses. Voici un verger aux arbres bien alignés sur une pelouse fraîchement tondue et, joignant ce verger dont il n’est séparé que par une ligne imaginaire marquant leur différence, voilà le jardin dans lequel Paola nous introduit par le portillon arrière. On descend en pente douce par une allée herbeuse longeant le jardin, je devrais dire les jardins car des arbustes d’ornement fleuris, quelques arbres fruitiers, des abris couverts de végétations retombantes, divisent l’espace et le prolongent. Cette allée est bordée d’ une profusion de plantes vivaces haussant à la lumière tiges et fleurs dans la variété de leurs couleurs, ancolies à bec et à clochettes, pivoines au cœur compliqué et secret, aux boutons voluptueusement arrondis, iris bleus, fleurs jaunes, dictame délicat…Cette allée va jusqu’à un petit bassin secret piqué de lentilles jaunes sous des branches retombantes, et conduit à la maison.

 

Mais restons au jardin et remontons par les allées transversales. Voici les semis des graines venues du monde entier, qu’on ne trouve pas dans le commerce, nous dit Jean-Paul. Il fait partie d’une association dont les trois cent membres français s’échangent les graines qui lèvent sous treillis et qui seront mises en godets avant de trouver leur place dans un sol préparé pour elles, acide ou calcaire. Sur des murets sont assis, vieux sages qui auraient gardé leur jeune et pleine chevelure, des bonzaïs, tronc bosselé par plus de quarante années et feuillage printanier, des hêtres, des chênes, des érables, des pins… On en verra d’autres plus loin sur d’autres murets tout aussi impressionnants de vie condensée.

 

 

Le printemps fleurit dans une variété étonnante d’espèces végétales : plus de mille plantes alpines de tous pays et continents, dit l’amateur de jardin que j’ai envie de qualifier de jardinier amoureux  tant ce jardin, où je n’ai vu aucune « mauvaise herbe » parmi tant de plantes, est si amoureusement travaillé qu’on ne sent pas le travail qu’on devine pourtant de chaque instant, la nature paraissant s’y être épanouie « naturellement ». Des plantes de montagne s’étalent en mousse rêche sous la paume ou douces et fleuries de fleurs minuscules du blanc au bleu, du bleu au violet en passant par tous les tons de rose. Une touffe de feuilles en lancettes hausse des fleurs d’un rouge vif, une autre, des fleurs d’un bleu électrique. La couleur, nous dit-on, est une ruse d’adaptation de la nature pour attirer les rares moustiques de la haute montagne. Les rocailles sont aussi faites de pierres plates posées verticalement et parallèlement,  à la façon des Tchèques, pour offrir un sillon rocheux aux fleurs de l’ombre, et de pierres arrondies pour les plantes couvrantes. Parfois une touffe d’œillets roses  offre son parfum d’œillets de l’enfance. Des plantes potagères sont bienvenues parmi les belles étrangères!  Voici la sphère aérienne des fleurs d’ail, faite d’étoiles à six branches affûtées, une fleur de géomètre, voici un pavot de l’Himalaya, bleu au cœur d’étamines jaunes sur sa tige velue. Voici des orchidées en outres violâtres, impudiques et  vénéneuses, chapeau plat en avancée, des coquelicots, pétales de soie fragile et cœur de fils perlés, d’un violet noir, comme on en trouvait dans les corbillons à broder des grandes tantes d’autrefois.

 

Après la répétition de théâtre et le hâtif souper une image vient à moi au seuil de la nuit, l’image mariale de « l’arbre à neige » qui devient, dans la confusion du sommeil commençant, acacia aux lourdes grappes, blé bleu en épis, eaux noires de la Nied dans lesquelles je sombre…