FLIREY

Mercredi 13 Mai

Le pas des douze marcheurs est régulier, leur marche de douze kilomètres, soutenue  et, à quatre kilomètres à l’heure, assez sportive. Il est vrai que beaucoup sont entraînés. On apprend que Christian et Henri traversent régulièrement les Alpes. Car marcher d’un bon pas n’empêche pas les échanges et ce que mon ancienne professeur de gymnastique appelait « la gymnastique de la langue ». « Ecoutons le silence ! », propose sagement Henri tandis que nous longeons, aux lisières d’un boqueteau, un champ d’orge aux tiges bleutées. Mais ce qui nous a été donné à entendre, ce grand silence de la campagne immobile, nous est bientôt repris par  le marcheur conteur, vif et joyeux.

 

C’est Marie-José, que l’habitude familiale me fait appeler Marie-Jo, et Christian qui ont organisé la promenade. Ils distribuent une carte du circuit et je prends une leçon de boussole qui me rappelle celle que mon père nous donnait, enfants, avec l’antique boussole que j’ai reçue en partage.

 

 

Nous partons du village meurthe et mosellan de Flirey. Comme Guy et moi sommes arrivés en avance, nous entrons dans l’église relativement vaste pour ce petit village rasé et reconstruit non loin des ruines. Face à elle, un monument américain de pierre blanche commémore les morts de la première guerre mondiale, comme le monument-fontaine  offert par les habitants du Connecticut à Seicheprey, le prochain village. Mais nous n’y sommes pas encore. Nous marchons aisément sur le tracé de l’ancienne voie ferrée de Toul à Thiaucourt. Voici l’ancienne gare et un vieux wagon aux lignes rondes qui rouille dans la verdure, marquant le temps à la manière tranquille des choses inanimées. Nous longeons des haies variées et fleuries, merisiers, branches hautes, souples, retombantes des arbustes appelés  gratte-culs  et auxquels notre notice explicative restitue leur nom savant de cynorhodons.

 

 

Nous traverserons les bois de Jury puis, après Seicheprey, la forêt domaniale des Hauts de Mad mais auparavant, nous marchons à découvert par les sentiers empierrés et les routes peu fréquentées, entre les vergers communaux, le long des haies d’érables, une retenue d’eau formant étang de loisir à droite, de larges vues sur le Montsec et la butte de Hattonchâtel à gauche. La campagne est toute parfumée des champs de colza chauffés au soleil de cette journée rayonnante et déjà estivale. Parfois un monticule de fumier attend d’être épandu et l’odeur forte nous assaille au passage. Des taons excités par les corps en sueur atterrissent en piqué sur mes mollets exposés. Au lieu-dit Saint- Baussant, la terrible guerre des tranchées se voit encore dans les accidents du terrain et les entrées des boyaux restaurés.

 

 La notice promettait une descente douce et elle l’est. Le village de Flirey est abordé par le nord cette fois, des chèvres familières sont admirées et photographiées, leur ferme attend d’éventuels amateurs de fromages mais on ne s’attarde pas. Marie-José a déplié une table de piquenique et coupé les parts de ses délicieux gâteaux, une tarte au fromage haute et dorée et un cake en couleur. Nous buvons eau et jus de pommes de Christian, contents de l’effort, réconfortés par le goûter, debout et en cercle, toujours causant…