JAULNY VIADUC

MERCREDI 8 AVRIL 2015 :

 

La journée est radieuse, on ne peut espérer plus belle après-midi de printemps pour notre promenade. Nous avons rendez-vous à Jaulny, le village au château fort du onzième siècle dont les pierres jaunes soutiennent  toujours efficacement les vieux murs, la pierre blanche de ses restaurations (à moins que ce soit un crépi) surprenant un peu celle qui, comme moi, le redécouvre après des années d’oubli.

 

 

Les quinze marcheurs s’engagent avec leur détermination et vivacité habituelles  sur les chemins, à la suite de Daniel, notre guide. La végétation, un peu ralentie par la gelée des nuits, explose déjà en fleurs de magnolias, de prunus, de rosiers du Japon dans les jardins du village. Les bois sont poudrés de vert et de jaune dans les lointains mais à les traverser, on les perçoit encore gris de l’hiver. Le long du vif et capricieux Rupt de Mad, le ruisseau qui zigzague au ras des près, on marche d’abord à découvert. Je suis avec surprise les flèches du panneau touristique qui  font descendre le ruisseau vers l’amont. « Erreur de lecture ! », sourit Marie-Françoise tandis que le malicieux Jean-Paul et le gentil Jean-Claude rétablissent, pour l’étourdie, son cours.   De même, on redressera aussi en esprit le panneau d’explications sur le Viaduc, construit récemment pour permettre le passage du TGV,  devant lequel nous arriverons bientôt, afin que la pile capitale qui amortit les vibrations et soutient un prolongement du pont soit dans la bonne position. On s’arrête, tout petits, devant l‘ouvrage d’art qui enjambe la vallée sur ses piliers de béton, on regarde, comme tout promeneur et piéton qui se respecte, passer et siffler le train, on reprend la marche pour passer sous les arches  et remonter de l’autre côté, sur le remblai...

 

Nous allons maintenant entrer dans les bois. Celui de Bonvaux  est une belle hêtraie aux fûts droits et minces qui donnent à la forêt, sans feuilles encore, sa profondeur et sa perspective. Le sentier est craquant de brindilles, de feuilles sèches et plus tard, quand nous entrerons dans le bois de Hailbat, de coques tombées des frênes, éclatées sous nos pieds. Jean-Paul nomme les étoiles blanches des sous-bois, ce sont des anémones sylvestres ; les fleurs bleues ont un nom que leur ont inspiré leurs feuilles en lobes, des hépatiques (si j’ai bien retenu la leçon). Odile retrouve les euphorbes de son jardin, des violettes poussent en touffes. Une statue de la Vierge sur un promontoire rocheux promet aux amateurs de dénivelé un point de vue. On n’est pas déçu, la petite vallée charmante avec son ruisseau serpentant, les débordements de ses eaux dans le pré, ses jeunes verdures, le village accroché à ses pentes et son vénérable château, sur cette face, jaune de sa pierre de Jaumont, tout est idyllique. Et le château est à vendre ! On rêve un peu avant de redescendre rejoindre les autres que l’on a hélés et qui nous répondent à coups de klaxon.

 

Gâteaux et boissons sur la place de la Fontaine où coule effectivement l’eau au goulot d’un beau  lavoir ancien et où une vieille, et quelque peu grivoise villageoise, rappelle le souvenir de Jeanne d’Arc  confondu avec celui de Jeanne des Armoises, dame du seigneur de Jaulny. Maryvonne, Marie-Claire, Marie-Françoise, Bernadette et Marthe, goûtent le repos au soleil, dos au mur et fesses sur le trottoir, face aux hommes debout tandis que Guy G., Odile, Daniel et moi, montés au château, buttons contre le portail clos.