ARRY ( Côte St Pierre)

Mercredi 4 Février

« Qu’avait de remarquable pour toi la promenade d’aujourd’hui ? », c’est la question que je pose à Guy le soir après la parenthèse que fut la répétition de théâtre. « La lumière ! », me répond-il laconiquement. Et d’ajouter qu’une telle lumière ne se voit qu’en hiver. Et je m’endors avec une image de ciel aux trouées bleues sur un champ de neige étincelant.

 

On est parti d’Arry devant l’église fortifiée à tour carrée et, tout de suite, on attaque, pour la contourner, la colline sur laquelle s’appuie le village. On laisse derrière soi les dernières maisons puis on s’engage sur un chemin forestier. La forêt est de haute futaie et le sentier en balcon est aisé malgré les ornières que le gel a durcies. On longe ce que Daniel, l’organisateur de la marche, nous dit être un ruisseau qui prend sa source dans la forêt et dont on ne voit que le lit en cette saison. Quand on arrive à une croisée de chemins, il nous propose, comme dans l’évangile, deux voies, la voie montante, qui semble raide et va droit au sommet de la côte et la voie facile, pittoresque et zigzagante à flanc de colline. Le soleil brille au sommet de la première comme un dieu antique qui s’offrirait en récompense mais nous choisissons la seconde, la tortueuse, qui nous offre d’autres plaisirs que celui de l’effort. La neige ici double chaque branche des grands arbres ou s’affaisse en masse lourde sur les branchages et la fourche des arbustes. Une béance s’ouvre sur l’obscurité d’un fort allemand et nous voilà déjà au sommet, dans la pleine lumière, devant le vaste paysage au-delà des villages de Vezon et de Marieulles.

 

 

Puis, c’est le chemin de crête sous les feuillus sans feuille puis le long des épineux, pins et mélèzes, et tout à coup, la surprise, vrai choc esthétique : les prairies calcaires que la neige a changées en jardin d’estampe japonaise avec leurs arbres miniatures émergeant à peine d’un sol blanc tout bossué et portant sur leurs branches précises et noires des houppes cotonneuses. Guy G. fait remarquer à Odile, elle-même tout encapuchonnée de blanc, la beauté du ciel, un ciel d’aquarelle aux tons de bleu et de gris presque rose. Les photographes photographient et on reprend le chemin entre forêt basse et prairie sous les branches en arceaux et leur poussière de neige.

Les femmes ont du rose aux joues, les hommes paraissent plus solides, découpés en sombre sur tout ce blanc. Island, le chien guide d’aveugle, frotte son museau dans la neige et accompagne celui qui s’éloigne comme pour le ramener au groupe des marcheurs. Il y a comme une allégresse dans l’air immobile et froid. Le soleil verse dans les yeux audacieux qui le cherchent une sorte d’ivresse.

 

Voici l’ancienne carrière toute dorée par le soleil qui décline. On sait que les roches en cheminées des fées étaient fonds sous-marins il y a des millions d’années et qu’en se retirant la mer a laissé de précieux fossiles qu’on cherche toujours et qu’on ne trouve jamais. Ces temps lointains et ces collines proches, couvertes d’une neige dense qu’on ne soupçonnait pas de la vallée, font qu’on se sent ailleurs, loin, dépaysé, impression que je partage avec Marie-Claire.

On redescend vers Arry, bouclant la boucle.

 

Mon théâtreux était pressé mais le gâteau à la praline rose et les muffins aux fruits rouges que Marie-Françoise déballe sur le muret de pierre ralentissent son pas. On a bien cinq minutes !