LEMONCOURT

MERCREDI 28 JANVIER 2015 :

 

Il y a un charme de la promenade d’hiver quand le soleil ne se lève pas, que les oiseaux ne chantent pas, quand les arbres sans feuille laissent passer le vent et que les ruisseaux charrient sans bruit une eau boueuse et jaunâtre. Même si la boue colle aux semelles, même si l’air se charge  d’humidité pour finalement se changer, en fin d’après-midi, en une pluie fine qu’on ne voit pas tomber, on va son chemin dans le vent, le regard, que rien n’arrête, au loin, vers l’ancienne voie ferrée qui menait à Château Salins et qu’on devine à son rideau d’arbustes. Les collines ferment au nord-est la vaste vallée de la Seille.

 

 

On est parti du village de Lemoncourt établi sur sa butte d’où l’église domine depuis huit siècles un paysage de formes douces fait de labours et de pâtures. Voici un autre village, Donjeux , lui aussi sur une petite éminence avec ses maisons d’après la première guerre mondiale et  une « maison cubiste » moderne, à toit plat, dont la présence incongrue suscite les commentaires des marcheurs.

 

Comme la promenade décrit une boucle, la côte de Delme semble nous suivre et bouger elle aussi, tantôt carrément à gauche, tantôt presque devant nous. Tous ici la connaissent et on la sait riche de la promesse printanière de ses pentes fleuries d’orchidées. Nous marchons depuis une heure et nous voici maintenant devant les bâtiments d’une fabrique de ballons de montgolfières. Le chef d’entreprise, Jacques Llopis, nous accueille. Grand, encore jeune, il porte bien le béret. « Basque ? », demande Marthe qui a repéré le nom à consonance basque, LLopis. C’est en effet un nom d’origine basque ! Mais le béret est français et la fabrique est la seule fabrique de ballons de montgolfières en France, dit fièrement le porteur du béret. Sympathique et enjoué,  il  nous offre café, thé bien chaud, gâteaux et fruits et nous mène dans ce qui m’a paru une très grande salle presque vide sur le sol de laquelle une grande toile bleue aux fuseaux blancs repose dans toute sa longueur. Vide, cette enveloppe pèse 75 kilogs. Gonflée, elle sera une montgolfière de 1880 mètres cubes qui remplirait cette salle et dont le « diamètre à l’équateur », c’est ainsi qu’on dit, est de 15 mètres 70. La masse autorisée est de 600 kilogs. Ce n’est pas la plus grosse, qui atteint un volume de 4000 mètres cubes. Le patron et ses aides, un assistant et deux couturières (ils étaient jusqu’à dix -sept employés avant la crise) expliquent, avec la passion du métier, comment on confectionne l’enveloppe, avec des tissus de nylon très solides et des coutures à deux revers. La nacelle si gracieuse, en rotin et osier de la région, « on n’a pas trouvé mieux pour la légèreté, la souplesse et la robustesse, même pas l’aluminium ! », est fabriquée à Rohrbach Lès Bitche. Dehors, il fait actionner les brûleurs par deux audacieux qui montent dans la nacelle entre les quatre cylindres de propane et  libèrent, en tournant les manettes, de hautes flammes vives. La spécialité ici est « l’intégré », des tissus de couleur qu’on intègre à l’enveloppe pour la décorer. On apprend encore beaucoup, je retiens le nom d’Elisabeth Thible, une pionnière, première femme à voler, le 4 juin 1786 à Lyon.

 

 

Redescendus des hauteurs du rêve qui les a menés dans ces drôles de machines plus légères que l’air, les marcheurs reprennent la route, en file ou par deux, capuches relevées, visages penchés pour esquiver la pluie, deux parapluies, gonflés  et déformés par le vent, se donnant des allures d’imparfaites montgolfières.

 

Le groupe va visiter l’église ancienne au beau linteau et se restaurer à la mairie. Guy et moi repartons, entre chien et loup, pour notre répétition. J’ai envie de dire, reprenant les mots de Daniel : merci à Christian et à Marie-José  pour cette intéressante promenade !