ROZERIEULLES

Mercredi 14 Janvier

Bien qu’encore insuffisamment équipés, sans bâtons ni cape de pluie, Guy et moi devenons de vrais randonneurs et nous apprenons beaucoup : que la règle d’or du randonneur est de boire avant la soif et de manger avant la faim, que les bâtons sont indispensables sur terrains boueux et en pente, qu’il est bon de prévoir boisson et biscuits. Odile, Guy G., Henri, Maryvonne et les autres ne sont pas seulement de bon conseil : biscuit et thé roïboss, un thé d’Afrique du Sud parfumé et noir, soutiennent Guy qui, dans la montée et après la source Claire qui sourd au bas de la pente, accuse la fatigue.

 

Le départ de la marche se fait au bas de la côte de Rozerieulles. Notre guide Jean-Paul nous fait passer par de petits sentiers herbus entre les hauts murs d’anciennes propriétés et de vieux jardins et vergers, vers Sainte-Ruffine. Guy reconnaît au passage la maison de Serge dans son parc, moi je ne reconnais rien n’ayant jamais abordé le village de ce côté. Nous allons entre les murs de pierres sèches parfois recouverts de mousse ou de lierre. Vieille chapelle au toit presque végétal, maison interdite car elle a glissé avec la pente, belles maisons patriciennes ou villageoises, églises romanes, porche, arc de pierre…Ces vieux villages de Sainte Ruffine, de Jussy et de Vaux ont gardé leur caractère pittoresque et les restaurations sont en général heureuses. Entre eux, de vastes espaces, d’anciens vergers, halliers, champs parfois retournés à l’état sauvage, grandes herbes sèches couchées qu’un rayon de soleil enflamme, arbres accablés de gui, vieux fruitiers penchés… Plus loin, vers Vaux, des vignes s’étagent en rangées bien entretenues.

 

Nous affrontons plusieurs montées sur des sentiers de boue et de glaise. Quand le souffle manque à tous, quand tous grimpent en silence, on entend le bruit de succion des chaussures arrachées à la boue et le chuintement des pas dans la terre gorgée d’eau.

 

Le vent s’est calmé, la pluie tombe en grosses gouttes puis vient la grêle qui blanchira comme à poignées le chemin. Bientôt le tonnerre gronde. Devant moi qui peine dans la montée vont, non des marcheurs encapuchonnés, leur longue cape de pluie battant leurs talons mais des formes ramassées et penchées dans l’effort, pèlerins fantomatiques et silencieux en route vers des sommets, sous les foudres divines. Mais un soleil rasant touche maintenant le haut des grands arbres, l’hiver qui les a dépouillés permettant quelques vues sur la vallée. Sur le plateau, nous retrouvons le vent et marchons sous ce soleil d’hiver dans un paysage de steppes  malmené par les militaires et leurs chars qui en firent un temps leur terrain de jeu.

 

Ayant retrouvé leur souffle les marcheurs parlent. « On a été flashé ! » plaisante notre guide faisant allusion à l’orage. Et les photos de la terre, ou du ciel qui sait ?, et que je viens de voir sur le site de randonnée témoignent  en beauté des surprises de la promenade,  restes d’architecture du passé, arbres en contrejour, ciel contrasté, grêlons blancs sur feuilles rouillées, lichens et source, herbes enflammées de lumière…On peut reprendre les conversations au hasard des dépassements, conversations rapides et interrompues sur la marche chaotique du monde par exemple ou sur le langage et les mots tombés en désuétude ou carrément dans l’oubli  comme ce mot de coruscant que Jean-Paul ranime avec humour quand il qualifie de coruscant le toit du complexe commercial de Waves, qu’il prononce à la française, ondoyant comme une flaque incongrue dans le paysage!

 

 

Dommage que le devoir nous appelle aux répétitions de théâtre, ni Guy ni moi ne goûterons au gâteau de Maryvonne et à la galette des rois de Marie-Claude, galette vraiment républicaine puisque, selon cette dernière, sa particularité est de n’avoir ni fève ni couronne !