DELME

La séance étant levée, nous nous déportons vers une des salles du restaurant La Douzième Borne (de l’antique voie romaine) que Guy et moi fréquentions autrefois. Le décor me semble nouveau, un grand tableau sur verre de l’artiste mosellan Flickinger dans les tons de blanc, violet et noir, déroule des figures de femmes qui semblent flotter en apesanteur. Une longue table dressée et placée en oblique permettra à chacun de voir tous les visages quand tous seront assis. On est bien ensemble après le voyage en voiture sous une pluie battante que l’on s’est dépêché d’oublier, la table est joliment décorée, perles à faire rouler sous les doigts et graines à grignoter dans des coupes. Comme on nous sert des plats bien cuisinés que l’on n’a pas cuisinés, plaisir du restaurant toujours vif pour les femmes, dans une jolie et inventive présentation, on est détendu et gai. Evidemment à une longue table, on ne parle qu’avec ses voisins. Les miens sont Guy, tourné pour la conversation vers Jean-Paul, Daniel, Jean-Claude et Claude, et mes collègues Marie-Madeleine que j’ai plaisir à retrouver et Marie-Françoise, ma voisine et amie. « Vous allez voir, prédit Daniel à André et à sa femme, elles vont parler du lycée Georges de la Tour ! ». Bien vu ! Oui, nous évoquons des souvenirs ! André  raconte quelques anecdotes de son passé à l’armée et, entre l’instructeur qu’il fut et les professeurs, l’un et les autres aux prises parfois avec de fortes têtes,  il y a matière à échanger. Ailleurs les conversations vont aussi leur train et, mes capacités d’écoute s’étant effondrées ces dernières années et le niveau sonore montant, je ne saisis que des bribes de conversation, New York, le commerce messin, la physique quantique et sa complication…, et ne perçois que des visages penchés pour mieux entendre le convive d’en face ou des bustes se rejetant en arrière dans un grand rire.

 

 Prélude aux fêtes toute proches cet amical repas se termine dans les souhaits et les embrassades. Dehors la pluie a cessé et bientôt la lueur à l’horizon annonce Metz…Sur la droite, les lumières vives du nouvel  hôpital de Mercy que l’on se réjouit de ne pas connaître.