MONT ST QUENTIN

 

Mercredi 3 décembre 2014.

 

Quand on met le nez à la fenêtre ce matin on n’a guère envie de randonner, le ciel est bas, l’air, humide et pénétrant, une brume vous prend à la gorge. Notre direction est le mont Saint-Quentin qui domine Metz de sa masse familière.

 

Comme très vite on s’élève par un raidillon entre les jardins et les vergers et qu’on ne ménage pas son souffle, échangeant les nouvelles avec les familiers et partageant les surprises du chemin avec les autres marcheurs, on n’a plus froid. Quelqu’un parle, derrière moi, du pas du montagnard, ce pas lent et régulier. Nous, citadins, nous montons vite et bien malgré les feuilles humides épaisses au sol, expirant dans un soupir la satisfaction d’avoir atteint un palier de la montée. De hauts murs ou des haies enclosent les vieux vergers à demi délaissés, où un portail bas, une rupture de clôture laissent voir l’épaisse couche de feuilles  et souvent les fruits tombés pourrissant sous les arbres moussus ou sous les espaliers des bordures. Des chiens se ruent aux clôtures aboyant frénétiquement.

 

Puis c’est la forêt et, au bout d’un large chemin tout jaune de l’or des feuilles tombées, on aperçoit la Tour Bismarck que beaucoup connaissent et dont ils disent qu’elle fut érigée par souscription en 1902 en l’honneur du chancelier. Sur un soubassement de calcaire à quatre niveaux, s’élève un corps massif soutenu par quatre colonnes en pierre de Jaumont. Le médaillon de Bismarck est criblé de trous de balle ce qui est l’occasion de remarques irrévérencieuses pour le grand homme qui s’illusionnait sur la survie de sa gloire. Malgré la voie d’accès lumineuse et le choix d’un point stratégique avec une large vue sur la vallée de la Moselle et sur la ville conquise, les grands arbres qui ont poussé dans le ravin, les graffitis, la porte d’accès à l’escalier intérieur qu’a monté Jean-Claude enfant vers la plateforme où on allumait des feux au temps des vainqueurs étrangers, maintenant murée, tout parle d’oubli et de désolation et je ne suis pas étonnée de lire sur Wikipédia que le style de cette tour est dit de style wilhelmien ou « crépuscule des dieux ».

 

Par des sentiers bourbeux où je dérape après Marie-Claire, et chute dans la boue, et avant Bernadette dont la joue sera rosie par le bitume un peu plus tard, on arrive à la source Marivaux qui fut importante si on en juge par le bassin de rétention de la côte et qui sourd encore au pied d’un arbre de légende qui en enserre un autre, troncs jumeaux et lianes noires. Daniel évoque le figuier étrangleur qui enserre un frère végétal, l’étouffe, le pourrit et se nourrit de sa pourriture. A quelques pas, ce qui reste d’un fort sert d’abri aux chauves-souris. De ce lieu, de ce récit, de la présence invisible des oiseaux mammifères qui effraient encore, pourrait naître un conte pour enfant sans console ni tablette, un enfant d’autrefois donc.  Et pour exorciser les peurs ancestrales, un oratoire  à l’abandon se cache dans le fouillis des branches, plus loin.

 

 La montée vers le col de Lessy se fait par un sentier glissant de feuilles et de boue retenues par des travées de bois puis par un chemin empierré qui débouche sur le plateau, terrain militaire avec végétation rase et arbustes nains. La vue est superbe malgré la brume qui gomme et brouille les lignes. Voici les villages de Châtel Saint-Germain, de Rozérieulles, voici la Moselle et le toit brillant comme un lac du nouveau complexe Waves où on jure qu’on ne s’immergera jamais mais où on finira bien par aller, voici un bout de la RN 3 qui file entre les collines vers Gravelotte et Verdun

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On redescend par un sentier de ronde autour du vieux village de Lessy, vers Longeville.

 

Il me faut maintenant parler d’une de mes agréables surprises en intégrant ce groupe. Toutes les marches semblent se terminer par un goûter. J’ai vu, au début de l’automne, sortir des coffres et disposer sur une table de chasseurs, sur un muret, sur un banc de parking, des douceurs : gâteaux aux épices, au chocolat, marbrés, tartes au fromage, brioches,  accompagnés de thé en thermos et de boissons variées. Aujourd’hui on entre, pour ce goûter, dans la maison de Daniel, une maison 1930 qui me rappelle celle de mes parents. Il y a de la place pour quatorze randonneurs. Et c’est convivial, gai, sympathique. On en est tout réchauffé !